Avant projection
Avant la projection, je me bornerai à ne vous donner que quelques indications techniques, uniquement destinées à bien comprendre la partie du film projetée ce soir.
En effet, contrairement à ce qui a pu circuler, je n’ai pas réalisé deux films sur Aimé Césaire, mais un seul. Ce film s’appelle « La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant ». Il s’articule en deux grandes parties de 52 minutes chacune :
- le don du chant
- la capacité de refus.
Chacune de ces parties figure sur un DVD distinct, réunis dans un coffret dans l’édition qui en a été tirée pour le centenaire de la naissance d’Aimé Césaire, et c’est ce qui a pu faire penser qu’il y avait deux films.
Devant la durée de l’ensemble, les organisateurs ont estimé qu’il était préférable de ne projeter qu’une seule partie, la deuxième. Chacune de ces deux parties est tout à fait autonome, et peut se comprendre sans le visionnage de la partie adjacente, mais il peut vous être plus commode d’avoir un aperçu de la partie que vous ne verrez pas, surtout quand il s’agit de la première, donc de celle qui comprend l’introduction, qui donne le ton, le style, mais surtout le programme.
Je vous propose donc, d’abord, les toutes premières minutes de la 1° partie puis, après une brève interruption nécessaire au changement de DVD, nous projetterons, sans autre interruption, la totalité de la deuxième partie, qui constitue l’essentiel du programme pour lequel vous vous êtes déplacés ce soir.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Après projection
Mesdames et Messieurs,
Bien que ce film ne soit pas principalement destiné à une projection en salle (puisque, produit par le Centre régional de Documentation Pédagogique, il est d’abord conçu pour un public scolaire et universitaire, dans les disciplines littéraires) il est, je crois, tout à fait accessible à un public plus large, et il m’arrive donc de participer, à l’invitation de telle ou telle association, à des manifestations comme celle de ce soir.
Indépendamment du thème de la soirée, ou des centres d’intérêt de la partie invitante (par exemple, ce soir, l’humanisme, les droits de l’homme) qui très vite prennent le dessus parce que le public concerné est sensibilisé à ces questions, je commence toujours par dresser une liste de thèmes qui me tiennent à cœur en tant que réalisateur, parce qu’ils concernent l’approche du sujet, les options et les choix que j’ai pu faire dans son traitement et surtout qui tiennent compte de l’évolution que j’ai pu noter depuis que le film circule, même si nous ne sommes encore qu’au tout début, puisque le film n’est sorti qu’en septembre 2013.
Cette liste n’est pas exhaustive, et je ne cite que quelques préoccupations qui ont été les miennes lors de la réalisation:
- qu’attend-on d’un film sur un écrivain ?
- quel film réaliser sur Aimé Césaire en 2013 ?
- la citation dans un film sur un écrivain…
- dire Césaire…
- lire – et faire lire – Césaire…
C’est une manière pour moi d’avoir un retour sur mon travail, car il est tout à fait possible d’engager immédiatement la réflexion sur l’humanisme de Césaire sans parler du film, un peu comme dans « les dossiers de l’écran » autrefois, où le film prétexte au débat n’était pas le moins du monde évoqué.
Et il est un thème, un sujet de réflexion que, depuis le mois de décembre, je m’impose d’ajouter, et même de faire figurer en tête de ma liste… En décembre dernier, dans le cadre du grand salon international du livre organisé par la Région, j’ai projeté ce film. Je l’ai projeté à 10 personnes ! Ne croyez pas que j’en sois affecté personnellement. Dans le même salon, j’ai vu Daniel Maximin, un soir à 20 h, tenir son exposé à même pas le double de personnes! Je serais peiné si, dans une salle bien remplie au début de la projection, le public désertait la salle progressivement jusqu’à se réduire à dix spectateurs à la fin… Mais ce n’est pas le cas. Voilà donc bien un sujet de réflexion que je ne souhaite plus éluder, et dont la qualification, à elle seule, mériterait débat. Que faut-il dire ? Désintérêt à propos d’Aimé Césaire ? saturation, désinformation ? hypermédiatisation ?
Ce qui est sûr, c’est que – de la même manière que, pendant dix ans, les dix ans qui ont été nécessaires à la production de ce film, je me suis constamment entendu opposer la formule «Encore un film sur Aimé Césaire ? » – dès maintenant, en ce début d’année 2014, il faut se préparer à entendre : « Comment, c’est pas fini, l’année Césaire ? » Eh bien, pour ma part, parce que je suis préparé, parce que ce film n’était pas un film de circonstance, parce qu’il n’avait rien à voir avec l’année Césaire, je réponds sereinement mais fermement : « l’année Césaire, c’est tous les jours. Attendez-vous à ce que des chercheurs, des artistes, mois après mois, année après année, créent, produisent sur Aimé Césaire. Apprenez à évaluer, à étudier ces productions. Apprenez à avoir une attitude critique à leur égard. Ne prenez pas tout pour argent comptant, mais ne rejetez pas systématiquement ce qui vous est présenté. Et surtout, ne vous détournez pas de ce qui doit rester l’essentiel : la connaissance de l’homme par la lecture de l’œuvre. »
Jean-François GONZALEZ